Exposition temporaire

Vue générale de la salle d'exposition temporaire

UNE CHAISE À ROULETTES

 

Une chaise à roulette ancienne en bois

Cette chaise de salle à manger, pourrait paraître très ordinaire. Cependant, elle est montée sur 4 roues qui nous entrainent alors dans l’univers de la « mobilité réduite ».

Pour ces femmes et ces hommes d’hier, pour celles et ceux d’aujourd’hui, le fauteuil roulant est vecteur de changements et de progrès.

L’exposition invite à prendre part à des moments de vie, à supprimer les obstacles pour que tous, assis ou debout, figés ou en mouvement, nous puissions prendre notre place dans les espaces partagés.

 


Quand il s’est agi de réfléchir à un sujet d’exposition temporaire après celle sur Francis Masson en 2017, la tâche s’est avérée ardue.

En effet, Francis Masson s’était imposé naturellement : son oeuvre marquante – reprise dans le logo de la Maison John et Eugénie Bost – concluait le parcours du musée dans une parfaite continuité avec sa conclusion (le parcours se finit sur des questionnements concernant l’art brut).

Mais ensuite… Le Conseil scientifique a considéré qu’il fallait montrer dans cette programmation tous les aspects traités par ce musée singulier pluridisciplinaire (caractéristique majeure des espaces de référence). Et c’est ainsi qu’est venue l’idée de se saisir d’un objet à vocation médicale.

Nous avons alors trouvé une poésie particulière à cette chaise modeste, banale s’il n’y avait ces fameuses roulettes…

Et la gageure fut lancée : faire une expo entière sur une chaise. L’intention secrète était bien sûr d’arriver à montrer que ce mobilier sauvé du passé avait beaucoup plus d’intérêt que son apparence première. Je dois dire que le travail conjoint de toutes et de tous a dépassé mes espérances en la matière. Qu’elle est fertile et passionnante cette chaise, grâce à vos recherches…

 

Quand on pense aux chaises, en dehors des musées d’arts décoratifs, il est néanmoins un exemple qui surgit : la chaise de Van Gogh à Arles. On devrait dire « les » chaises. En effet, en novembre 1888, il peint des chaises et le fauteuil de Gauguin. Bloqué à la maison par la pluie, il choisit de se fixer sur ce mobilier banal, minimal, dont il cherche à animer l’esprit.Zoom sur une ancienne chaise roulante en bois

C’est un peu le spiritisme de Van Gogh : l’absence évoque encore plus la présence, notamment celle de Gauguin qu’il a attiré là comme il espère attirer d’autres artistes. Il écrit à son frère Théo le 19 novembre : « Si à quarante ans, je fais un tableau de figures tel que les fleurs dont parlait Gauguin, j’aurai une position d’artiste à côté de n’importe qui. Donc persévérance. En attendant je peux toujours te dire que les deux dernières études sont assez drôles. Toiles de 30, une chaise en bois et en paille toute jaune sur des carreaux rouges contre un mur (le jour). Ensuite le fauteuil de Gauguin rouge et vert, effet de nuit, mur et plancher rouge et vert aussi, sur le siège, deux romans et une chandelle. Sur toile à voile à la pâte grasse ».

Si Van Gogh renouvelle ainsi les sujets artistiques par contrainte et invention, notre chaise à roulettes, dérisoire en apparence, prend elle aussi un relief particulier. Je ne saurais trop vous inviter en effet à lire l’intégralité de cet ouvrage, car vous allez passer de découverte en découverte.

 

zoom sur un verticalisateur en acier et cuirD’abord, Anne Nardin nous a fait l’amitié d’un travail considérable. Eh non, cette chaise n’a pas été bricolée sur place… C’est ce qu’elle a découvert : elle est l’oeuvre d’un fabriquant ayant pignon sur rue à Paris, dont nous apprenons la carrière. Anne Nardin nous éclaire également de façon pionnière sur l’histoire de ce matériel. C’est novateur et passionnant.

Vous découvrirez aussi avec Jean-François Monnier l’évolution des usages de ce type de matériel à la Fondation John BOST (c’est très éclairant) et, grâce à notre partenaire – la Ferme du Vinatier (Bron – 69) – comment des créations singulières sont réalisées.

Le grand spécialiste du cinéma François Albera – professeur à l’université de Lausanne et directeur de la revue de référence sur l’histoire du cinéma 1895 – nous montre que les fauteuils roulants jalonnent les images animées, des plus grands auteurs à une montée en puissance à la télévision.

Cette question des représentations rejoint d’ailleurs une vaste opération parallèle menée avec la Ligue de l’Enseignement et les collections de la Maison John et Eugénie Bost : l’exposition téléchargeable gratuitement Voir / ne pas voir les « handicaps » . Enfin l’artiste et écrivain belge André Stas, spécialiste des fous littéraires et artistiques, nous offre en conclusion une de ses chaises imaginaires.

Voilà qui est très complet. Voilà qui est très neuf, répétons-le. Alors que les fauteuils roulants se multiplient dans l’espace public et dans le monde des images (films, jeux paralympiques…), étrangement ce fut jusqu’à présent un non-sujet, une part invisible des études. Nous réparons cet oubli et ne doutons pas que cela incitera à lancer des thèses et des documentaires.

La Maison John et Eugénie Bost, grâce à toutes ces contributions, joue ainsi un rôle pionnier.

 

Soyons donc ensemble heureuses et heureux d’avoir regardé plus attentivement cette chaise qui roule…

 

Laurent Gervereau

Président du Conseil scientifique de la Maison John et Eugénie Bost


Catalogue de l’exposition

Commandez en ligne le catalogue de l’exposition temporaire UNE CHAISE À ROULETTES en cliquant sur le lien ci-dessous :

Catalogue UNE CHAISE À ROULETTES

 


EXPOSITION PRÉCÉDENTE

Voir l’exposition temporaire 2017 : FRANCIS MASSON, LE CALDER DE LA FORCE